Il faudrait quand même que je vous parle de Bollywood, plutôt que de friche, depuis le temps. Parce que finalement, je suis sûre que quand je râle parce que je n'ai pas le temps ou pas l'envie, ça ne vous intéresse pas plus que ça, mmh ? Et puis on ne va pas non plus parler QUE de couture et de tricot, à croire qu'il n'y aurait que ça dans la vie. Non, dans la vie, il y a la couture, le tricot (les enfants-le travail-le ménage-les repas) et Bollywood.

Tout le monde connaît maintenant ces films indiens, et pour ceux ou celles qui ne sauraient pas encore, je souligne qu'il s'agit de films indiens. Tout le monde me saura gré de cette précision tout à fait complète, ne remerciez pas, c'est avec plaisir. Dans les films indiens, on chante, on danse, on vit des histoires tragiques, on s'habille avec des saris, mais pas toujours vu que les histoires ne se passent pas toujours en Inde, on a des parents des fois cools mais souvent super relous qui attendent une obéissance sans faille de leurs enfants, et les films durent à peu près 3 heures (des fois seulement 2h30, mais là j'ai l'impression de m'être fait arnaquer), je pleure la moitié du film, voire les trois quarts, bref, c'est génial.

De toute façon, il y a presque toujours un passage triste. Le gentil garçon et la gentille fille tombent amoureux au premier regard, ou alors après une cour vraiment craquante, on voudrait tous avoir ce type comme petit copain, mais voilà, paf, les parents ne sont pas d'accord, parce qu'il ou elle n'est pas assez riche, parce qu'il ou elle est de rang inférieur, ou juste parce que non, ils ne veulent pas, et d'abord ils ont décidé qu'ils allaient se marier avec un ou une autre, voilà sa photo, le mariage est demain chérie. Dans la plupart des cas, après la période toute mimi de l'amour, il y a la période trop triste où tout le monde pleure, moi aussi, des ruisseaux, et c'est le drame, rien ne va, c'est l'horreur. Et après, ouf, juste à la fin quand on croit que c'est vraiment fichu, hop, coup de théâtre, tout finit bien, et là on continue à pleurer de joie tellement on est soulagé. Et quand on va se coucher à 1 ou 2 heures du matin en se disant que la nuit va être courte, on sait qu'on va bien dormir en se disant que tout est bien qui finit bien. Comme dans Dilwale Dulhania le Jayenge, par exemple (j'adore).

Mais il y a aussi les sales coups. Les films où l'on croit que tout va finir par s'arranger, comme normalement, mais où en fait ça ne s'arrange pas du tout et même ça empire, et où on va se coucher avec les yeux rouges et brûlants et où on passe une sale nuit à rêver des douze mille meilleures fins possibles. Dans Devdas, la fille et le garçon sont amoureux depuis l'enfance, le type revient après des années passées à l'étranger, ils sont toujours amoureux, marions-les ! Mais non, la mère du gars ne veut pas, sa belle-soeur est méchante et c'est le drame. Le gars s'enfuit de chez lui, en oubliant d'emmener au passage la fille, qui du coup est légèrement déshonnorée, et sa mère dit qu'elle va la marier à un aristocrate pour se venger. Le mari en question n'est pas sympathique pour un sou, quand il découvre que la fille a un amour d'enfance, il la cloître à la maison, trop bien. Et le gars est tellement triste qu'il commence à boire, de plus en plus, à tel point qu'il manque de mourir, et qu'on lui dit que s'il reboit une goutte d'alcool il va mourir. Et qu'est-ce qu'il fait, je vous le donne en mille ? Et voilà comment on pleure à peu près 2h30 sur le film de 3 heures.

Il y a aussi le truc retors, où on vous fait croire au happy end alors que c'est quand même trop triste : dans Veer Zara, les deux tombent amoureux, mais c'est carrément impossible vu que lui est Indien et elle Pakistanaise, et qu'en plus elle est fiancée à un sale type pour soutenir les ambitions politiques de son père. Mais voilà, le sale type apprend qu'ils sont amoureux et il dit au gentil : de toute façon, je vais épouser la fille, mais si tu ne veux pas que je transforme sa vie en enfer, tu vas passer le reste de ta vie en prison sous une fausse accusation d'espionnage. Et il dit oui. Gasp. Les larmes commencent à couler. Pendant ce temps, le bus qui devait le ramener chez lui a un accident et tout le monde croit qu'il est mort. Donc c'est horrible. Finalement, une avocate réussit à faire avouer toute l'histoire au gentil, et elle retrouve carrément la fille, enfin je ne raconte pas tout pour ne pas casser le suspense mais à la fin ils se retrouvent à 70 balais, c'est trop chouette, vive l'amour et le happy end à la noix.

Et là hier, on a regardé Kal Ho Naa Ho, qui veut dire "peut-être ne verras-tu pas le lendemain", en gros. Et c'est le raffinement de plus. Les amants séparés ? Déjà fait. L'amour non réciproque ? Trop facile. Un des gentils qui meurt et l'autre qui reste inconsolable ? Classique. Les parents qui s'opposent ? Pour les débutants. Non, il faut chercher un truc vraiment triste, le truc méga injuste, trop horrible, qui empêche tout le monde de dormir la nuit suivante... Donc là, il y a une fille qui a un ami depuis longtemps, et un type arrive dans le voisinnage qui met du soleil dans tous les coeurs et qui embellit la vie de tout le monde, le gars génial dont on tombe tout de suite amoureuse, forcément. Donc forcément, la fille tombe amoureuse du gars, le gars tombe aussi amoureux d'elle, forcément, MAIS, l'ami devient aussi amoureux de la fille, et on apprend que le gars est marié. Voilà, donc c'est super, TOUT LE MONDE est malheureux, de toute façon j'ai senti dès le début qu'avec trop d'amoureux c'était mal parti, j'ai commencé à pleurer aussitôt, autant prendre de l'avance. Mais là encore, ça pourrait s'arranger : l'ami pourrait se dire que finalement ami, c'est déjà bien, et tomber amoureux d'une autre, et la femme du gars pourrait mourir comme ça, par hasard, tout est bien qui finit bien. Mais non. En fait, le gentil va mourir d'un instant à l'autre, il a un grave problème de coeur, et il est tellement gentil et tellement amoureux qu'il veut favoriser l'histoire d'amour de l'ami pour que la fille ait toujours quelqu'un qui l'aime même après sa mort. Non mais là, rien qu'à l'écrire, j'ai les larmes qui reviennent. Et à la fin, je vous laisse deviner. Le happy end le plus pourri : sur son lit de mort, le gentil dit à l'ami : "elle est à toi dans cette vie, mais dans toutes ses autres vies, elle sera à moi". Ah ben je sais pas vous, mais moi je me sens tout de suite mieux à savoir ça.