Il s'agit presque d'un Etat dans l'Etat, vu le degré de sauvagerie auquel mon potager est retourné. Il n'avait pas été extrêmement gâté par l'été au degré de pluviométrie fort élevé, ma négligence coupable n'avait rien arrangé (même si j'ai des circonstances atténuantes), il avait tout de même réussi à pousser un peu, son mérite était immense, mais au bout d'un moment, même les plus inébranlables colosses finissent par moisir des pieds et céder du terrain.

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L'ambiance évoque un peu celle qui règne après un cataclysme, mais ne croyez pas qu'il soit si facile d'obtenir cet effet du meilleur goût. Après tout, qui veut d'un potager parfaitement ordonné, quadrillé, en pleine santé, qui produit à tout va des légumes goûteux et dans lequel on ne verrait pas une seule mauvaise herbe ? Hein ? Qui ? Comment ça, tout le monde ? Ah mais non, je ne suis pas d'accord.

1) Un jardin parfait demande soit énormément de travail (2 heures par jour minimum pour enlever la moindre pousse inopportune, redresser amoureusement chaque tige contre son tuteur, arroser, inspecter les feuilles à la recherche d'une maladie, déloger les pucerons...), ce qui implique d'être rentier ou retraité, soit énormément de traitements (beurk)
2) Un jardin parfait c'est joli, mais à la façon de la géométrie et ça fait immédiatement penser qu'on est un gros maniaque obsessionnel
3) Un jardin parfait requiert un certain socle de connaissance pour savoir distinguer la petite pousse fragile du légume qu'on a planté de la sale petite pousse de l'intolérable mauvaise herbe, qui se ressemblent sacrément au stade "j'ai deux feuilles et je fais 2 mm de haut"
4) Un jardin parfait finit par produire plus de trucs qu'on n'en peut écouler et on finit par ne plus pouvoir voir une tomate en peinture pendant les six prochains mois (ceci dit, ça tombe bien, en hiver ce n'est pas la saison)
5) Un jardin parfait ne contient plus aucune surprise, aucun émerveillement, aucun miracle de Dame Nature. Dans un jardin parfait, Dame Nature est salariée et elle produit exactement ce qu'on attend d'elle, d'où un risque démesuré de devenir blasé et de ne plus s'agenouiller pour regarder avec les yeux mouillés le tout petit melon qui a réussi à pousser malgré toute l'absence de soins dont il a été l'objet.
6) Enfin, un jardin parfait est triste et contraire à la nature. Dans un VRAI jardin parfait, les variétés se mélangent, se complètent, s'entraident, les fleurs poussent au milieu, il y a un zeste de folie qui fait que chaque jour, les miracles recommencent.

J'ai vu cet été un merveilleux potager dans une belle maison du Cantal, une maison aux murs épais, au parquet ancien et à la cheminée monumentale, au jardin campagnard et frais. Surtout, tout y était chaleureux, accueillant, gai, simple et tranquille. Les gens étaient comme leur maison, adorables. Et là, j'ai décidé que je voulais un jardin de campagne, un VRAI jardin parfait !! Fages, c'était le rêve ;)

PS : le moment douloureux de la vérité - l'honnêteté m'oblige à concéder que le potager de Fages, même plus sauvage et carrément plus difficile d'accès que le mien, était mieux tenu et faisait moins cataclysmique. Comme quoi, n'est pas harmonieusement sauvage qui veut...