Je voudrais parler des mariages heureux, ou plutôt "des mariages savoureux". Quelle est cette alchimie qui régit les rapports entre deux choses et qui fait que leurs goûts respectifs se fondent si parfaitement qu'ils en sont magnifiés ? Que chacun garde sa personnalité tout en faisant don d'un de ses traits caractéristiques pour le bien supérieur du plat lui-même, qui se nourrit de toutes leurs perfections en noyant discrètement leurs petits défauts ?

C'est un grand mystère que cette association parfaite. On peut dire en tout cas que ma tentative de soupe de chou-fleur à la pomme et au lait d'amande ne rentre pas dans la catégorie des mariages heureux, tout du moins des mariages savoureux, pour ne pas m'avancer sur la nature des rapports autres que culinaires entre le chou-fleur et la pomme.

C'était pourtant une illumination, paf, un jour je me suis sentie investie de la mission de faire de la soupe de chou-fleur à la pomme. Peut-être parce que le chou-fleur est un chou pommé, qui sait. Le lait d'amande n'est intervenu que bien après, quand j'ai constaté que j'avais jeté l'eau de cuisson du chou-fleur et que je ne pourrais pas donner un aspect suffisamment liquide à ma soupe sans faire un petit geste. Comme j'avais acheté du lait d'amande sous la pression générale des blogs et surtout de la dame de la boutique bio où je venais innocemment acheter un peu de farine sans arrière-pensées, je me suis dit que c'était la bonne occasion de faire d'une pierre deux coups : soupifier mes choux-fleurs et goûter le lait d'amande.

Soyons méthodiques. Voici comment j'ai procédé pour ce beau ratage. J'ai cuit les fleurettes de chou-fleur, puis je les ai égouttées en jetant l'eau. J'ai fait cuire les pommes à part (quand je pense que j'aurais pu avoir une délicieuse compote... quel gâchis) avec un peu d'eau. J'ai mélangé les deux, puis j'ai constaté que la texture faisait irrésistiblement penser à quelque chose de compact et j'ai pensé au lait d'amande. J'ai donc versé du lait d'amande dans la cocotte, puis j'ai chauffé, et ensuite j'ai mixé.

Verdict : ce n'est pas bon. J'ai essayé de relever une fois avec de la muscade (pas bon), une fois avec du cumin (pas bon), et je ne sais pas si je vais avoir le courage de tenter une troisième fois de relever avec quelque chose, ou alors du gruyère râpé en grande quantité, histoire de masquer le goût. Je pense plutôt que je vais relever l'odeur de la poubelle en lui offrant tout le restant.

Dans mon enthousiasme et avant d'avoir goûté moi-même, j'ai essayé d'en donner à mon fils pour son repas hier soir. Une bonne petite purée maison, miam-miam s'est-il dit, le pauvre enfant. Il a vite déchanté et a exécuté avec une perfection toute nouvelle et une grande vigueur un magnifique "non" de la tête, répété aussi souvent que nécessaire, c'est à dire à chaque fois que la cuillère maléfique chargée de purée beurk s'approchait un peu trop près de son visage, lui faisant craindre qu'on voulait la lui faire avaler.

Devant toutes ces preuves accablantes de l'immangeabilité de la soupe chou-fleur et pomme au lait d'amande, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas l'essayer. Un si joli jardin, le premier blog qui vous donne des recettes à NE PAS faire !! c'est un tout nouveau concept.

PS : je n'ai pas pris en photo la préparation incriminée, c'est une bête purée blanche qui ressemble à de la purée normale, hormis la texture un peu plus liquide et l'odeur beaucoup plus prononcée, mais ça, la photo ne l'aurait pas rendu !